UNE ESTHÉTIQUE DE LA BONTÉ

Chroniques de libres pensées créées à partir d'une citation d'auteur
par Dyane Raymond

mercredi 18 avril 2012


Quand je me croyais le plus loin dans l’espace fou, j’étais ici, seul, enchaîné par ma raison, et dépourvu de fiction. Jean-Marie Gustave Le Clézio




Pour Pierre-Alain, père

C’est la fiction qui me garde en vie. Grâce à elle, l’imaginaire m’emporte hors de la banale monotonie des choses de la vie. Oui, bien sûr, ça, ça n’a pas changé, la tourmente, la solitude, l’espace passif, qui n’arrête pas le temps, mais le sclérose. Ce qui me sauve, ou en tout cas maintient le goutte à goutte en place dans mes veines, c’est l’espace de fuite inaliénable que me procure l’écriture.  Par elle, je suis une épousée ; par elle, il subsiste encore un peu de générosité en moi ; par elle, je suis dans un supportable ailleurs. Un ailleurs qui me supporte dans la pesanteur de l’ici, dans l’absence, dans l’insupportable présent qui jamais ne se satisfait de son désordre, de son indignité, de sa peine, de son non-amour. Par elle, je me rapproche de ma vérité. Je ne changerai rien en ce monde. Je ne serai que moi. Jusqu’à l’ultime bond en arrière, dans le retour au néant d’où je viens.
Dans l’écriture, ce sont les autres qui agissent. Même quand il est écrit je dans le texte, c’est le langage et non une personne vivante qui parle. C’est une vérité sans mesure qui s’exprime et non la pauvreté d’une vie insignifiante.
Je ne changerai rien en ce monde et aurai bientôt moins de substance qu’un grain de sable.
La vie est ignoble d’injustice et de haine. Dieu, depuis sa création, est ignoble. La vie, Dieu, l’homme sont UN. La vie est la censure de sa propre destruction. Un jour, elle osera le faire. Un jour, sur la terre comme au ciel.
Je ne suis pas en colère. Je suis en colère. Je ne suis pas triste. Je suis triste. Je ne suis pas seule. Je suis seule. Je ne suis pas une contradiction. Je suis une contradiction.
Amens.

mercredi 11 avril 2012

« Mais l’homme qui est épris de bonté ne saurait mener une vie solitaire ; pourtant, sa vie avec autrui et pour autrui doit essentiellement demeurer sans témoin : il lui manque avant tout la compagnie du moi. » Hannah Arendt

Pour M.
Ma solitude est essentielle. Elle est l’essence de ce que je suis.  De ma pensée, mais aussi de mon corps vivant.  De mon corps en mouvement dans un espace. De mon corps puisant son sang, sa sève jusqu’à épuisement. Dans la pensée. Ce que je suis. Dans la solitude.

Toutefois la solitude est suspecte voire souffrante. Être seul, c’est ne pas vivre avec les autres. On peut se cacher, ça, ça fait du bien. Je pense ici à la maman de l’ami Luc qui se perchait en haut d’un arbre pour se reposer un instant de sa nombreuse marmaille.  Un bien sur-humain. Un isolement qui ravive la bonté.  Une pensée qui se manifeste autrement que dans une contemplation passive. Une vérité d’être qui se révèle dans le geste et la cohérence.

La solitude m’est un mal nécessaire. Elle m’isole. De toi. De moi. Il est faux de croire que la solitude ramène à soi-même. Elle est une exclusion, une expulsion hors du corps amour. Hors du corps de l’œuvre. Le corps est enfermé dans une machine qui voyage dans le temps et le propulse dans un imaginaire sans cœur. À un pas de la déréliction.
Je l’aime. Elle est une ivresse, une drogue dure.
Elle m’éloigne pourtant de la bonté, avec opiniâtreté. Je ne broie pas du noir. Oh non ! Mais les contours de toutes choses deviennent flous et difformes comme des choses mortes.
J’en ai besoin. La dose n’est pas létale. Elle creuse un sillon dans la chair. Elle tente de faire croire que la prière est un acte de recueillement. Mais la prière, le plus souvent, s’égare dans l’affolement. La prière fait jaillir des larmes, qui, elles, le deviennent, assassines. Des larmes qui lacèrent le foie, corrodent l’âme comme un cancer.

« Je veux être bonne. » Quand j’étais petite, c’était un cri du cœur.  Plus tard, la bonté est devenue l’objet d’une intime réflexion que j’ai voulu étendre à tout ce qui me concerne : toi, l’écriture, l’autre, le labeur, la vie la vie.
La solitude me tire du côté des lâches et des traîtres. Je reste là, plantée devant elle comme une idiote.



Être bon


mercredi 4 avril 2012

Le terme de poésie, qui s’applique aux formes les moins dégradées, les moins intellectualisées, de l’expression d’un état de perte, peut être considéré comme synonyme de dépense : il signifie, en effet, de la façon la plus précise, création au moyen de la perte. » Georges Bataille


Pour Danielle P. R.
Je considère la poésie comme une forme à part de la création littéraire. Sa densité, son intensité et même son opacité parfois font de cette écriture une chose sacrée, au sens où elle est donnée et reçue dans un état d’engagement et de foi.
On entre dans un poème, avec lenteur, recueilli.
Et on n’en atteindra jamais l’essence sans don de soi. Sans respect.
On pourrait aussi y juxtaposer un esprit de sacrifice au sens où le renoncement participe au caractère sacré du poème.
Renoncement à la facilité. À l’accumulation. À l’inattention.
Le poème ne tolère ni fausse ou demi-vérité. Il n’est pas un lieu d’apitoiement mais de révolte. Pas un lieu d’épanchement mais d’amour — cette chose nécessaire et encombrante. L’espace du poème en est un de dépossession, d’abandon, de doute et de joie désespérée. C’est la raison pour laquelle il y est aussi question de bonté.



Cependant un tel acte de foi est constamment ébranlé par les objets mêmes qui l’inspirent, d’où l’effraction — effringere, détruire, briser — rompre le pacte de bonté ; enfreindre les règles, c’est ce que fait l’art quand il ne s’égare pas dans le divertissement.
Ce rapport au perdu est en effet inéluctable dans tout processus de création. La mort, l’éteint, l’obscur hantent le travail, la construction d’une œuvre.

La poésie est musique. La musique est poésie. Une présence : mon pied froissant la feuille sèche dans le sentier dont le bruissement provoque la fuite du chevreuil. Il ne s’agit plus d’une virtuosité de paroles, mais de l’espace sacré dans laquelle cette chose se déroule. Et ça, c’est important pour que l’expérience devienne ce par quoi je suis atteinte.

Des chansons ponctuées de cris, de grognements, de bruits. Un espace poétique où l’on peut briser certaines conventions et, à partir de ces fractures, ne se raccrocher à rien qu’au déséquilibre.
Rupture, cassure.
Traverser un espace vide, c’est ce que fait l’esprit, c’est ce que fait la pensée. Opérer un renversement et trouver ce qu’il y a en nous au fond de chaque respiration.
La musique incarne l’émotion et l’inquiétude issues de la pensée, de la violence avec laquelle celle-ci déchire le vide.
Devant la musique, devant le poème, s’installe un trouble plus ou moins diffus, par lequel je reconnais ma présence à l’intérieur de ce réel, un mouvement dans l’espace vide de la création.



mardi 27 mars 2012


« Les nuages s’étaient dissipés lorsque, après dîner, je fis un premier tour dans les rues et les ruelles de la ville. » W.G. Sebald

Je suis une fille de la ville. Une fille qui est née dans le haut de la côte entre les rues Sherbrooke et Hochelaga. Il va sans dire qu’à Montréal, tous mes repères sont tracés. À Paris, aussi.
New-York me manque, je n’y suis allée qu’une fois seulement, il y a si longtemps de cela.
Quant à Chennai ou Bangkok, je m’y perdais évidemment et m’y perdrai toujours ; comment faire autrement dans un tel dédale humain ?



À chaque fois que je débarque à Paris, j’ai le sentiment d’arriver chez moi, tout en découvrant inlassablement chaque espace.  Les quartiers, les rues, les cafés familiers ne le sont jamais tout à fait.
Manoel de Oliveira, un cinéaste portugais, a réalisé à plus de 90 ans, Je rentre à la maisonun film qui raconte l’histoire d’un acteur vieillissant (Michel Piccoli) à qui l’on apprend un soir, alors qu’il sortait de scène, que viennent de mourir son gendre, sa fille et sa femme dans un accident d’auto. 
Les représentations de la pièce se terminent, il flâne dans Paris, rencontre son agent qui lui propose de petits engagements qu’il refuse, organise sa « nouvelle » vie avec son petit-fils. Un soir, il est agressé en rentrant chez lui, un voyou lui vole sa veste et ses chaussures neuves.  Et puis, pendant le tournage d’un film où il avait finalement accepté un rôle dans une adaptation, en anglais, d’Ulysse de James Joyce, le fil se casse…

Se perdre et se retrouver dans le vide, ni actif ni immobile. Vide.  Dans un temps sans empirisme ou raison ; étrangement là. Une rugosité. Comment le dire autrement ?  Une sensation à partir de laquelle s’impose un mouvement, un état, provoqué par le désir de comprendre, l’effort de connaître, l’aveuglement de croire, dans le processus de la vie, dans la démarche de création.
 
Paris est une ville remplie à ras bord.  De vides, de fragilités, de solitudes. Une ville que j’adore.
Une montagne à gravir. 
Du frêle.  De la musique.

Lorsque je vivais à Paris, je n’aimais pas marcher au bord de la Seine.  Ce n’était pas l’eau, pas la profondeur.  Mais ce vide justement.  L’espace qui sépare les deux rives, les coupe l’une de l’autre en une véritable déchirure.
J’aimais la place de la République, large d’horizon, tournoyante ; la traverser, m’enfiler dans la ruelle du Faubourg du temple qui, en montant devenait la rue de Belleville, plus exiguë encore, où se côtoyaient, dans une promiscuité urbaine, une faune bigarrée autour des étals de viandes, de légumes, de vêtements, de chaussures, d’objets hétéroclites.
Sur la face latérale d’un immeuble, une murale en trompe-l’œil, représentant un ouvrier en train d’installer un tableau noir sur lequel était inscrit : il faut se méfier des mots.

Sur la rue Oberkampf, il tombait une pluie fine, drue et froide. Le temps n’avait plus besoin de la mémoire, ma main posée sur celle-ci sentait bien la marque rugueuse de la fêlure ; il n’y avait pas plusieurs temps, plusieurs espaces : j’étais entière.

Dans les rues de Montréal, Paris, Casablanca, San Francisco ou Thetford Mines je suis sans protection. Je ne peux qu’avancer ; immobile, le froid me pénètre, la chaleur m’écrase, le paysage se fige.
La rue plus qu’un dehors, est un dedans.  Un espace, telle une scène de théâtre, ceint et ouvert en même temps, où œuvre du réel ; sa force et sa beauté.
Le plein apparent de la ville ne comble, heureusement,  pas le vide.
La rue est une île déserte déguisée en multitude.

mercredi 21 mars 2012


« Où est-il donc ce rêve, que nous avons fait, d’une vie libre dans un espace harmonieux, […] ? » Danielle Sallenave

Une des particularités de la jeunesse est non seulement ce sentiment d’éternité qui la porte et lui permet de s’engager dans de nobles et justes entreprises, mais aussi cette conviction profonde et inaliénable de pouvoir changer le monde. Et ça fonctionne ! Quelques personnes, éclairées et persévérantes, y parviennent. Cela devient alors l’œuvre d’une vie entière. 
Rappelons-nous, par ailleurs, les slogans de mai 68 : Soyons réalistes, demandons l’impossible ou Sous les pavés, la plage. Ou encore, l’incroyable et naïve bravoure du manifeste du FLQ, quelques années plus tard en octobre 1970.

La liberté exclut la dépendance, l’harmonie déjoue le chaos.
La liberté me rend responsable, de moi-même autant que de l’autre.  Pas d’amnésie possible. Pas de repos non plus.
Avec la liberté s’instaure un devoir de fraternité. Je ne peux tuer ou être indifférente à mon frère, à ma sœur. Ainsi, la paix, la bonté seront mes premiers mots. Le langage par lequel je répondrai à et de l’autre.
J’aurai aussi le devoir d’articuler ma pensée, de la transmettre, de la dire.
Le devoir d’être entendue.
...

J’avais cinq ans et je participais à un spectacle collectif organisé par les responsables du camp d’été, dans la salle paroissiale de mon quartier. Parents et amis assistaient à la représentation. Je devais chanter une comptine que j’avais apprise par cœur. Aujourd'hui encore, je la conserve en mémoire, mais peu de gens, sinon personne, ce jour-là ne l’aura captée. Dans ma confusion et ma timidité, seul un mince filet de voix, à peine audible, a franchi le seuil de ma gorge, sans même parvenir aux premiers rangs des spectateurs.
C’est un incident de peu d’importance, mais je m’en souviens comme si c’était hier. Ce chant n’aurait jamais révolutionné le monde de l’art, mais il aurait accompli son œuvre, c’est-à-dire rendre compte du travail et le partager. Il n’y a pas d’âge pour assumer ses responsabilités.

La parole, le geste, l’écrit sont des passages, des ponts par lesquels se transmettent non seulement des savoirs, mais aussi des dépassements, des preuves, des vérités. Par la parole, je surmonterai la violence et la peur ; j’éviterai de l’alimenter et me rapprocherai de l’universel ; j’interpellerai l’autre, engagerai un dialogue.
L’heure ne sera plus à la contemplation. Il sera temps de la mettre à l’épreuve. De la soumettre à une vérification de vérité. Par la vie.


mercredi 14 mars 2012


« L’art vise la vérité ; il n’est pas immédiatement la vérité ; en ce sens, la vérité est son contenu essentiel. » Theodor W. Adorno


Je suis une mécréante. Je ne crois pas en Dieu, Jéhovah, Allah, ou Bouddha ; toutefois mon histoire est marquée par une éducation religieuse, d’où provient ma culture, mon rapport à la communauté, mon sens des valeurs ; et c’est avec ces racines que je travaille aujourd’hui. Que je questionne le sens de la bonté : ce qu’elle représente, les paradoxes qui la composent.




L’idée vient de loin, dans l’enfance. Là-haut, j’entendais des cris, des hurlements, des insultes, alors que dans le sous-sol, je lisais la biographie du mahatma Gandhi trouvée dans un débarras. 
Ainsi je priais. 
J’apprenais la sororité de la violence et de la bonté.

Depuis plusieurs années, ma réflexion est dirigée vers la bonté. Et de plus en plus, celle-ci se traduit pour moi en tant que conscience et rigoureux amour.  Mais, pour que l'amour soit une solution, il faut qu'il soit vrai, constitué par la maturité, la recherche, le travail.

Une scène de film me vient à l’esprit dans laquelle Indiana Jones pour sauver son père de la mort doit, entre autres épreuves, traverser un pont invisible qui n'existera que s'il y croit sincèrement ; dans le cas contraire, ce sera la chute irrémédiable et fatale dans l’abîme.  Il va sans dire que l'invincible héros possède cette foi qui érige des ponts et déplace des montagnes ; mais où, humbles mortels que nous sommes, où puisons-nous une foi pareille ; et au prix de quels labeurs, de quelles transcendances ?  Ne serait-ce pas plutôt que ce vide doit être investi et non traversé ?  Ne doit-on pas s'y plonger, se mouiller pour sentir son mouvement, sa fluidité, sa densité ; et que de l'effort se produise une avancée, s'installe une souplesse ? 
La métaphore de l'eau, du mouvement dans l'eau, n'est pas anodine, elle représente pour moi un espace à la fois plein et vide, transparent et obscur ; risqué quand on s'y aventure avec témérité.  Objet à jamais insaisissable, toujours différent et à quoi pourtant je dois faire confiance pour créer un possible.

Respirer le monde avant de le transmettre à l’écriture. Désordonnée dans l’indicible, ma pensée met du temps à prendre forme.  La contemplation, jamais dérisoire, recouvre, englobe le paysage.  Métamorphose immobile ouvrant vers de la parole et de l’émotion. 
Je deviendrai roche, torrent, épilobe, neige, vent, ciel.  En cela, je ne suis que la continuation, le prolongement de contemplations plus anciennes où j’épiais le soleil à travers les barreaux de la galerie ou nageais le samedi après-midi dans la piscine déserte du couvent.  Avais-je conscience alors que j’éprouvais la substance des choses, concentrée, absorbée en elles ?  Bien sûr que non.  Mais il y avait le vide, oui, déjà, j’en suis certaine.

C’est la fin de l’hiver, le feu de bois et la tendresse, et des promesses qui ne demandent qu’à fleurir.




mercredi 7 mars 2012

« Comment s’oublier ? », Hélène Cixous

Le corps tremble. L’esprit part à l’épouvante. La peur parce que la vie déraille. Parce que le grain de sable dérègle l’engrenage. La peur est une sottise, mais elle envahit la peau et l’âme, jusqu’aux confins de la joie. Elle feule, darde son venin. Elle salit, grafigne, pétrifie. On ne peut pas la remettre à plus tard. Passer à côté. Faire comme si de rien n’était. On est l’objet et l’origine de sa peur.








Le premier mouvement en sera un de fermeture : fermer le livre, fermer l’ordinateur, fermer la parole, fermer la porte. Au moment de sortir, d’aller dehors, chercher d’abord du silence pour que peu à peu une pensée prenne place dans l’avancée.

Y aller. M’immerger dans la piscine, quand il fait –20°C dehors. Le contact de prime abord est peu engageant. Mais lorsque le corps se déploie, avance à la surface de l’eau, lorsque le mouvement est bien amorcé, que les jambes et les bras effectuent d’eux-mêmes l’effort, c’est que ça commence. Peu à peu vient le vide, pas celui des vertiges, celui du rien. Une partie de mon cerveau demeure consciente et compte les longueurs, tandis qu’une autre glisse lentement dans l’espace du donné, un couloir fluide comme la matière qui le supporte.

Y aller. Je chausse mes bottes, enfile mon manteau, sort. Il faut se soustraire au bien-être de la maison et au réconfort du travail en cours. Marcher vers l’inconnu sur un chemin parcouru des centaines de fois : le rang 4, le rang 7, la route qui traverse le village. Ici le pas est long et rapide. Sans interférence, sauf parfois celle du vent, d’un chien qui vient saluer ou d’une voiture qui transperce le paysage. L’esprit à son tour se met en marche, tout haut. Ma voix est celle d'un texte ou d’un projet, d'un rêve à réaliser, une oralité claire et précise comme jamais. Je n’apporte ni crayon ni calepin, laisse les idées libres et fugitives.

Y aller. L’ours est sorti de sa tanière et laisse parfois des crottes sur le sentier, comme les chevreuils, les ratons laveurs, les renards ou les autres bêtes qui me voient sans que je les aperçoive. Dans la forêt, la solitude est plus longue à s’installer que dans l’eau ou sur le chemin, à cause d’elles, les bêtes, mais aussi des arbres, des feuilles et des branches, du sol, du ruisseau, des roches, des éclats de lumière : tout n’est que bruissements, craquements, présences. Plus je m’enfonce dans le bois, plus j'en deviens une partie intégrante.
L’état contemplatif des matins où s’installe l’écriture provient de ces lieux.
De captation.
Un espace de bonté qui se crée à partir des destructions et des nécessités.